Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'empire Invisible, Essai de Mathieu Bélisle

par Gilbert Larin 26 Novembre 2020, 12:06 Livres

Je viens de terminer l’essai de Mathieu Bélisle, l’empire invisible sur la métamorphose de l’empire américain et son influence sur le reste de la planète. J’ai bien aimé lire son essai, mais au niveau du style d’écriture, il se perd dans des détails anecdotiques inutiles à la compréhension de sa théorie. Pour le plaisir je fais ma propre critique de sa théorie avec laquelle je suis en partie d’accord, mais en grande partie en désaccord.

Son analyse de la transition du monde ancien (répétition de ce qu’était l’ancien régime ad nauseam) vers la modernité de l’imaginaire au lieu de la reproduction est très juste et observable pas seulement aux É.-U., mais dans toutes les sociétés modernes. Peut-être pas en aussi grand nombre, mais chez ceux que nous qualifierons de MODERNES dans nos sociétés (page 89-90). 

Sa définition du projet moderne à la page 97 est fort juste :
             « Avec le recul dont nous bénéficions, un tel projet(tous unis en Jésus-Christ) a bien entendu quelque chose de dérisoire, tant son langage suranné rappelle le temps révolu des curés. Et pourtant, il faut prendre très au sérieux la stratégie préconisée par Paul, puisque c’est précisément celle qui est en train de gagner dans le monde actuel, non pas, bien sûr, en vue de l’unité des peuples du monde dans la personne de Jésus-Christ — je pense que le pape François lui-même n’y croit pas —, mais, plus prosaïquement, en vue de leur fusion dans un vaste ensemble indifférencié soumis aux lois du capital, là où plus rien — ni la langue, ni la culture, ni le statut social, ni le sexe, des notions que beaucoup considèrent déjà comme en voie de caducité — ne doit faire obstacle à la circulation des biens et des services, où chaque individu est appelé à renoncer à ses anciennes manières de voir et de penser, à son attachement pour tout ce qui pouvait le retenir prisonnier du passé. »

Un prérequis à ce Nouveau Monde est cité en page 100
             « Pour que naisse le nouveau, il faut que l’ancien n’ait aucun poids, que rien ne résiste à l’attrait irrésistible du présent, au mouvement de destruction créatrice qui le caractérise. Aux États-Unis, “ce qui existait n’est plus rien et tout ce qui existe maintenant est considéré de telle manière qu’il puisse bientôt ne plus être” ; ce qui existe vit sous la “menace imminente de l’obsolescence et de la mise au rebut”, écrit encore Fisher. C’est pourquoi non seulement chaque immigrant qui franchit la frontière des États-Unis est l’équivalent d’un born again, d’un “né de nouveau”.

Je suis d’accord avec ses conclusions sur ses observations des 20 dernières années. Les Américains et les dépendances de l’empire américain, dont nous faisons partie, vivent dans un Walt Disney permanent. Pour preuve leur publicité ne vante jamais les qualités d’un produit, mais surtout des rêves souvent éthyliques de ce que vous deviendriez en achetant ce produit. Demandé à Guillaume-Lemay Thivierge, quand on achète une Hyundai on fait du vélo de montagne, du surf, du ski et toutes autres sortes de sport. Telle autre voiture va protéger votre petite famille, comment on ne le sait pas pas, comme dirait Shakespeare “it is magical”. Remarquez qu’on essaye très peu de vendre des beubelles aux 65 ans et plus. 

Si vous demandez à un dermatologue de définir l’efficacité et la véracité des effets de ce que font les produits de beauté. La grande majorité vous dira que l’effet est minime et négligeable. On achète des milliards est des milliards de dollars en produit de beauté. Je ne parle pas des produits sous ordonnance pour soigner des problèmes de peau, mais des produits de beauté. Remarquez qu’on vous cite toute de sortes de composés aux noms complexes qui entrent dans la production de ces produits. Le marketing dit : si ça sonne incompréhensible, ils vont en acheter. Faites l’exerciez la prochaine fois qu’on vous cite une huile de ci ou un extrait de ça. Je l’ai fait. Vous verrez que ce n’est que la poudre aux yeux. Au centre de l’empire, on vend même de la médecine. Achète mon plan il est mieux que l’Autre. On livre les repas et vous avez droit au Gym pour les 65 et plus. Ben oui ça ne leur coûte presque rien pour le nombre de 65 et plus qui vont au gym. En plus on vous dit partout dans l’empire que si vous nous consulter l’Appel est gratuit : Bin quin, tu veux me vendre ta camelote pis je vais payer l’appel. 

Tout leur monde est comme ça et le ROC (Rest Of Canada) s’en vient comme ça aussi. Heureusement dans les régions périphériques à l’empire nous avons des ressources pour ne pas être gobés tout à fait par la nouvelle machine du Capital Sauvage. 

Remarquez que le monde de l’empire américain peut évoluer comme il le veut, car il n’a pas les chiens de garde intello que toutes les autres sociétés possèdent. Vous n’entendez jamais parler d’un érudit américain qui donne une entrevue à la télé publique ou un grand écrivain. Ils n’ont pas voix au chapitre. Ce qui pourrait peut-être nous sauver de ce Walt-Dyneyisme. On peut créer et avoir une vision du futur sans limites, mais on n’est pas obligé d’oublier les grands moments historiques et l’apprentissage du passé. 

Il est beaucoup plus facile de mener un peuple sans instruction et religieux mais beaucoup plus difficile de mener un peuple dont une partie de libres penseurs agnostiques et érudits s’expriment. Ce qui est partout dans le monde de l’ouest sauf les EU.

(Statistiques de 2017 : source : OCDE)
Le Canada est le troisième pays au monde en matière de scolarisation secondaire, suivi de la suède, de la France, du Royaume-Uni et les États-Unis sont au 38e rang. Au niveau des diplômes d’études postsecondaires, 56,7 % des Canadiens en possèdent un et sont le premier pays au monde dans cette catégorie. Les EU sont au 5e rang avec 46,4 %.

Conséquemment il sera plus difficile aux principes de créer à partir de l’imaginaire sans prérequis historiques dans les pays plus instruits que dans le centre de l’empire. 

Voilà ce que je pense de cet essai et aussi des EU.
 

L'empire Invisible, Essai de Mathieu Bélisle
L'empire Invisible, Essai de Mathieu Bélisle
L'empire Invisible, Essai de Mathieu Bélisle

quatrième de couverture:

Depuis le milieu des années 1990, l’Amérique semble condamnée à aller de crise en crise et d’un effondrement à l’autre, chaque réponse trouvée ne faisant qu’engendrer de nouveaux déséquilibres, à la faveur d’une spectaculaire fuite en avant. Et pourtant, ceux qui misent sur la fin prochaine de l’empire américain se trompent. Ce n’est pas à une chute que nous assistons, ni même à un déclin, mais à une métamorphose. L’empire américain change de nature sous nos yeux, comme un corps secoué de convulsions grotesques qui le font passer d’un état à un autre. C’est une autre dimension de son « être » qui voit le jour ou renaît sous une forme inédite. Grâce au pouvoir des innombrables réseaux qu’il déploie sur le monde comme autant de filets (ou de webs), qui l’enserrent et le retiennent, le nourrissent et le traversent, l’empire est en train d’œuvrer à sa propre invisibilisation. Il a créé les moyens inédits de s’établir au cœur de notre existence, au plus près de notre pensée et de notre imagination, jusqu’à ne plus devoir être vu. Si bien que le monde est aujourd’hui en train d’« absorber » l’Amérique, de la métaboliser, comme on le dit d’un corps qui assimile un autre corps et en retient les qualités. 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Haut de page